déjà cités, dont la dernière demeure fut Saint-Sauveur.

 Les maisons des numéros 2 et 4 de la rue Saint-Sauveur sont bâties sur l’emplacement de l’ancienne église Saint-Sauveur.

A l’origine, cette église était un oratoire connu sous le nom de “chapelle de la Tour”, en raison d’une tour carrée qui y était contiguë (tour démolie en 1778).

Dés le début du XIIIe siècle, cette chapelle était succursale de Saint-Germain l’Auxerrois. Il est à présumer qu’elle fut érigée en paroisse vers 1250. Les bâtiments de cette église, en partie reconstruits sous François 1er, ne furent jamais achevés.

L’église Saint-Sauveur renfermait les sépultures de plusieurs comédiens célèbres : Turlupin, Gaultier-Garguille,Gros-Guillaume, Guillot-Goju et Raimond Poisson.

L’église fragilisée lors de la démolition de la tour, fut démolie par sécurité. On la reconstruisait sur les plans de l’architecte Poyet lorsque la révolution ordonna la suspension de travaux. Devenue bien national, elle fut vendue et démolie une fois de plus peu de temps après.

Dans divers registres, on trouve parfois l’ancienne graphie “rue Saint-Sauvéeur”.Démolition de l'église Saint-Sauveur, IIe

Démolition de l’église Saint-Sauveur. Dessin de Pierre-Antoine de Machy (1723-1807)

Dessin à la pierre noire ; 20,2 x 31,2 cm

 

 

  Nous étions au temps de la Fronde. La reine et le petit roi Louis XIV avaient dû quitté Paris.

En août 1648, le comte Loup de Pomonne, seigneur de Nissac, général d’artillerie dans l’armée du prince de Condé, sauva la vie du cardinal de Mazarin attaqué par des hommes de main dans une allée du Palais Royal.

En décembre, Mazarin confia à Nissac une mission particulière : être son espion dans Paris.

Nissac s’entoura d’une dizaine de fidèles que les Frondeurs nommérent bientôt les « Foulards rouges.”

 Le premier quartier général secret de Nissac et de ses soldats se trouvait rue du Bout du monde, aujourd’hui rue Léopold Bellan. Déguisés en moines, les Foulards rouges y passèrent inaperçu. Cette voie date au moins de 1450 et s’est appelée successivement ruelle des Aigoux en1489, rue du Bout du Monde au XVIe siècle, rue du Cadran en 1807 et enfin, en 1851, rue Saint-sauveur (ce nom a été conservé de l’autre côté de la rue Montorgueil.)

Carte indiquant la "rue de Saint Sauveur". Ici en bleue.

 

 

 

 

 Guy Georges, tueur en série, fut baptisé par la presse le “tueur de l’Est parisien” ou encore “la bête de la Bastille”. Assassin, voleur, violeur, tueur, braqueur, prostitué… et bien d’autres vilaines choses en plus, Guy avait pourtant parmi ses pairs la réputation d’être ” joyeux buveur, d’humeur égale, serviable, souriant, attentif aux autres.”

De temps à autre Guy Georges se retrouve en prison pour un “petit” délit quelconque et ressort…

 Un ouvrage sur le cas Guy Georges

Guy Georges touche même le RMI à partir de décembre 1993 et se propose comme bénévole pour l’association Saint-Vincent-de-Paul qui l’a aidé à monter son dossier. Par commodité, il sera officiellement domicilié au siège de cette association catholique. Il passe y relever son courrier.

Voleur en série, tueur en série, l’homme connait Paris comme sa poche, les combines et les caches de la métropole. Il est également un “squatteur en série” bien connu de ses amis de la rue. C’est ainsi qu’il va venir habiter chez nous.

En effet, début 1995, Guy Georges rejoint un vieil ami dans un squat délabré et nauséabond au 26, rue Saint Sauveur. Début août 1995, il trouve un temps un emploi d’éboueur à la ville de Paris. Il quitte le squat de Saint-Sauveur et s’installe dans la chambre d’un hôtel du XVIIIe arrondissement.

 Les familles des victimes s'expriment

Il est arrêté en mars 1998, son procès commence le 9 mars 2001. Il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

L’affaire Guy Georges a finalement abouti au principe du fichage ADN en France.

Depuis, le fameux squat du 26 est devenu un adorable appartement.

 RUE SAINT-SAUVEUR
IIe arrondissement de Paris
(Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, Charles Lefeuve, 1875)

Notice écrite en 1861.

L’Église. – Les Agents de change. – Les 8 Veuves. – Le Jeu de Boules. – La Claudine de Colletet. – Julie Berville. – Le Bout du Monde et le Cadran. – Le Médecin Chambon. – Vergier. – Mne Tiercelin.

Sur la rue Saint-Sauveur se profile un immeuble d’importance, dont la principale ouverture est rue Saint-Denis et dans le fond duquel s’exploite un établissement de bains. On y reconstruisait déjà l’église Saint-Sauveur, démolie en 1787, quand la Révolution fit suspendre les travaux, qui ne furent repris qu’en vue de transformer le temple en une salle dée spectacle ; puis, ce nouveau projet ayant été abandonné comme le premier, une vente nationale, le 13 pluviôse an VII, convertit l’édifice public en un bien privé. Avant même que l’ancienne église fût démolie, on avait décidé de l’agrandir aux dépens de plusieurs maisons dont la fabrique était en possession rue Saint-Sauveur, et dans l’une desquelles était organisé un service portatif de bains médicinaux, qui revenaient à 3 francs.

Le bureau des Changes payait également loyer à Saint-Sauveur ; aussi bien, les agents de change ne manquaient pas dans le quartier. Il y en avait un au n° 6, ainsi que le bureau des rentes sur les huissiers priseurs. La recette des décimes et d’autres impositions était centralisée

Un asile hospitalier pour 8 femmes veuves avait été fondé ou transféré rue Saint-Sauveur, entre celle des Deux-Portes et celle du Petit-Carreau. Très possible, par conséquent, que ce fût au 26 ou au 28, où le fermier général Letellier avait eu, sous Louis XIV, un locataire qui tenait un jeu de boules.

L’un des joueurs ou des amateurs jugeant des coups, dans ce boulingrin, fut Guillaume Colletet, membre originaire de l’Académie-Française : les bourgeois de Paris avaient alors la passion du jeu de boules. Guillaume, qui demeurait vis-à-vis, était le père de François Colletet, ce poète crotté, parasite des cuisines, dont la misère faisait rire Boileau ; il eut plus que son fils des places lucratives, mais il ne sut pas les conserver mieux, dans le désordre de ses moeurs, que des terrains qui lui appartenaient aux environs de Paris. Nous croyons même qu’il fut propriétaire, avant l’abbé Colletet, de la maison qu’il habitait. Des trois servantes qu’il épousa l’une après l’autre, la dernière tournait mieux les vers que son maître. Une fois les dames rougirent jusqu’aux oreilles, dans une réunion chez Conrart, de cette question indiscrète que leur posait Colletet : – Quand nous nous réveillons la nuit, Claudine et moi, que pensez-vous que nous fassions ?… Comme on se taisait, il répondit lui-même : – Mesdames, nous lisons l’Astrée.

Le plus grand personnage quand même de la famille Colletet fut inhumé dans l’église Saint-Sauveur en 1669. Quelle touchante épitaphe lui décernait sa veuve !

Comme je vous aimay d’une amour sans seconde
Et que je vous louay d’un langage assez doux,
Pour ne plus rien aimer ny rien louer au monde
J’ensevelis mon coeur et ma plume avec vous.

Qui aurait alors deviné que Claudine serait des plus volages, se remarierait mal, en boirait comme un templier, pour noyer ses chagrins, en arriverait même à mendier, n’osant plus s’offrir, et crèverait en état d’ivresse !

A quelques pas de l’abbé Colletet, un Fer-à-Cheval était l’enseigne du sieur Langlois, fabricant de buscs et de bois d’éventails curieux.

Les jolies femmes ont eu, dans tous les temps, un moyen de faire fortune qui n’a aucun rapport avec la poésie. Toutefois la rue Saint-Sauveur, vers la fin du règne de Mme de Pompadour, vit une charmante personne cruellement déchoir des espérances que lui avaient fait concevoir la galanterie d’un M. de Famini et ses 16,000 livres de rente. Julie Berville, fille d’un marchand de tableaux de la rue du Bac, avait été séduite par cet homme de condition, qui l’avait emmenée chez lui, au n° 12 ou 14 ; trois mois après, comme elle était enceinte, le suborneur la renvoyait, en reprenant ses arrhes, 3,000 francs de bijoux, pour les remplacer avec économie par 25 louis, que doubla, il est vrai, la menace d’un procès, mais tout à fait pour en finir. Julie, après ses couches, songea à profiter de l’éducation qu’elle avait reçue et s’exerça à la déclamation en vue de la Comédie-Française ; elle profita surtout de la leçon que lui avait donnée M, de Famini, en montrant moins de confiance et plus d’exigence au comte de Martigny.

En revanche, par le temps qui court, les jeux de l’amour et du hasard sont simplifiés outre mesure au n° 59 de la rue, dans un établissement à la tête duquel on pouvait s’étonner de voir il y a vingt ans un homme décoré. Le 65 en est encore jaloux. Comme bâtiments, ces deux maisons sont vieilles, et il en est dans la rue Saint-Sauveur qui datent du XIIIe siècle.

Seulement on appelait rue des Égouts en 1489, rue du Bout du Monde dans les siècles suivants et dernièrement encore rue du Cadran, la portion qui s’en trouve entre, les rues Montorgueil et Montmartre.

 Au Soleil d'or.84, rue Saint-Sauveur. 75002 .Paris

Un fabricant d’horloges a remplacé, pendant la grande révolution, par un Cadran, qui lui servait d’enseigne, et qui n’a pas encore disparu, l’enseigne du Bout-du-Monde, figurée en rébus au n° 93. Mme de Lassure était propriétaire de la maison, quelques années avant cette ostensible modification. Mais au coin de la rue Montorgueil, du côté des numéros pairs, l’enseigne du Bout-du-Monde avait été portée aussi par une maison à M Chambon, soeur du médecin du duc de Vendôme. La propriété contiguë était échue à Chambon, officier du roi, membre de la même famille. Voltaire cite le médecin dans ses vers, en y faisant donner au prince de Vendôme un conseil par François Ier, sur une matière que ce roi doit connaître : Dites-lui de troquer Chambon contre quelque once de mercure.

Un poète moins connu, Vergier, qui a fait des contes agréables, était assassiné au coin de la rue Montmartre ; dans la nuit du 17 au 18 août 1720 ; le chevalier Le Craqueur, complice de Cartouche, se reconnut l’auteur de ce crime, expié avec bien d’autres par l’exécution d’une sentence qui le condamnait à être rompu vif, le 10 juin 1722. Vergier, inhumé à Saint-Sauveur, près de Colletet, près des acteurs fameux Gauthier-Garguille, Gros-Guillaume, Turlupin et Raymond Poisson, avait très probablement habité la rue.
Même vraisemblance pour la famille de la petite Tiercelin, qu’enleva dès l’age de 11 ans Lebel, pourvoyeur principal du Parc-aux-Cerfs, et qui fut préparée par une éducation de trois années à l’honneur que lui réservait Louis XV. Le roi suivant, outre la pension de 30,000 livres qu’il servait ide retraite à la belle, attribuait chaque année deux fois autant à l’extinction de ses dettes, qui toutefois s’élevaient encore à 300,000 livres en 1779, sa dernière année : le fils qu’elle laissait de son auguste amant avait vu le jour quinze ans auparavant.

L’idée de ces articles est né dans le coeur d’un couple de Parisiens amoureux de Paris, de ses rues, de ses immeubles et de son sous-sol.

C’est l’histoire d’une copropriété, de sa rue et de ses environs…

Bienvenue chez nous !